Edito : Coupe du Monde et agressions sexuelles : non, rien n’a changé

Auteur : Benoît Le Dévédec

Hier soir, en me couchant, j’étais fier de notre équipe nationale de foot, j’étais touché par les images de liesses populaires qui traversaient le pays et de l’union qui semblait inébranlable. Hier soir, en me couchant j’étais heureux.

Ce matin, en arrivant en cours, quelques étudiantes ont commencé à raconter des mauvaises expériences qu’elles avaient vécues pendant la célébration de la victoire de la Coupe du Monde. Pas encore tout à fait conscient de l’ampleur de l’événement, j’étais, évidemment, très affecté pour elles, mais vivant à Paris, j’ai malheureusement l’habitude d’entendre mes amies me raconter ce genre d’anecdotes déconcertantes. Démuni, je ne peux que m’assurer auprès d’elles qu’elles ne sont pas blessées, pas trop bouleversées, bref, je ne peux pas faire grand chose…

Puis, une camarade me montre quelques tweets. Après avoir fait mes propres recherches, j’ai pu constater qu’il y en avait des centaines. Regardez par vous même. Twitter est envahi de messages de femmes relatant des agressions sexuelles vécues dans différents quartiers de la Capitale et à travers toute la France.

Puis je vois les réponses de certains hommes. Si de trop rares indiquent avoir été obligés de protéger leurs amies, d’autres se plaignent du bashing que subi la gente masculine, affirmant que tous les hommes ne sont pas ainsi. Pire, il y en a pour fustiger la naïveté des femmes qui, utopistes, ont pu croire qu’elles pouvaient aller dans une foule sans se faire agresser. Quelles idiotes !

J’avais envie de faire œuvre utile. Devais-je leur répondre, comme l’a fait Kateya, après avoir recensé un bon nombre de témoignages de femmes s’exprimant sur les réseaux sociaux ? Je l’ai vu se faire enterrer sous un flot d’insultes et de commentaires tous aussi stupides les uns que les autres.

Je n’ai ni ce temps, ni cette patience, notamment pour avoir de telles discussions. Je vais donc, essayer, humblement, de faire un condensé des arguments que j’aurais aimé opposer à mes congénères masculins, avec qui j’espère n’avoir que les lettres de mes chromosomes en commun.

A toi qui estimes qu’une femme est trop naïve de penser qu’elle peut aller dans une foule sans se faire agresser. Tu as malheureusement terriblement raison. Aujourd’hui, dans la France Championne du Monde, l’égalité n’existe que sur les frontons des bâtiments officiels. Aujourd’hui, une femme ne peut pas aller dans une foule sans se faire agresser, c’est un fait. Mais au lieu de t’en prendre aux victimes, de leur reprocher leur supposée naïveté, pourquoi ne pas dénoncer, plutôt, le comportement des hommes qui commettent ces actes ? Pourquoi prendre la parole, perdre ton temps et ton énergie, à blâmer les victimes, celles qui souffrent, celles qui ont peur, injustement ? Pourquoi ne pas te servir de ta prise de conscience pour déconstruire les comportements sexistes et oppressant autour de toi ? Pourquoi, toujours, reprocher aux victimes d’être des victimes, et jamais aux agresseurs d’être des agresseurs ?

A toi qui te plains que tous les hommes soient « mis dans le même sac ». Oui, c’est vrai, tous les hommes ne sont pas des prédateurs sexuels, des monstres, des porcs. Oui, c’est vrai. Mais tous, nous avons une responsabilité. Il y a une situation de fait inégalitaire encore aujourd’hui, dans laquelle nous avons tous le pouvoir d’agir. En premier lieu en n’étant pas agresseurs nous-même. En second lieu en prenant la défense des victimes, en s’interposant si nécessaire, et en les aidant, lorsqu’il est trop tard. Non, les hommes ne sont pas tous des porcs, mais, quand une femme se fait agresser, quel est ce réflexe étrange que de dire que tous les hommes ne sont pas des agresseurs ? Quel est ce besoin impérieux de remettre le mâle au centre de la conversation, d’inverser l’ordre des victimes et de faire croire que nous sommes à plaindre ? Quand une femme me dit « les mecs sont tous des porcs », ma priorité n’est pas de lui dire que je n’en suis pas un, que certains sont biens. Ma priorité n’est pas son insulte évidemment fausse et irrationnelle, fondée sur la colère et la tristesse. Ma priorité c’est elle. Sa santé, sa sécurité. Son insulte n’a aucune importance. C’est elle la victime, pas moi, pas les hommes.

Dans certains établissements scolaires, les élèves de sexe féminin ont l’interdiction de porter des jupes d’une longueur jugée trop courte, pour éviter les agressions. En agissant ainsi, on participe à faire émerger l’idée que c’est à la victime ou à la potentielle victime de faire attention. Beaucoup de femmes racontent que, à l’école, quand un garçon les embrassait de force et qu’elles se défendaient, certes avec violence, c’étaient elles qui étaient punies, et que le garçon n’était pas réprimandé pour son geste (qui est un délit, en fait…). Tout cela n’est pas anecdotique. Toute cela participe d’une construction intellectuelle dans laquelle bien des hommes, mais aussi des femmes, s’inscrivent. Une construction intellectuelle selon laquelle un homme peut disposer du corps d’une femme, et qu’une femme doit se laisser faire.

Après #MeToo, après #BalanceTonPorc, on aurait pu espérer un changement réel dans les mentalités. Mais non, rien ne change véritablement. Oui, certaines affaires ont été médiatisées. Oui, certains artistes, certains hommes politiques, ont vu leur carrière réduite à néant après la révélation d’affaires de mœurs. Mais ça n’a pas empêché les événements d’hier et d’aujourd’hui. Et quel JT a parlé, ce soir, de ces centaines de femmes agressées ? Qui a porté la voix de ces anonymes victimes de délinquants anonymes ? Aucun. Non, aujourd’hui, il fallait parler du positif, de la joie, des Bleus.

J’avais pour espoir que notre pays et son peuple, qui, il y a 15 jours, faisaient entrer Mme Simone Veil au Panthéon, valaient mieux que ça, et que le prétexte de l’alcool et de la fête n’étaient plus des justifications audibles pour toucher de force la poitrine des femmes, pour les embrasser sans leur consentement, pour mettre avec violence la main dans leurs sous-vêtements…

Cet article est pour moi et pour ce blog exceptionnel. C’est un billet d’humeur qui n’a rien de juridique ni rien de judiciaire. J’aurais pu vous parler des infractions pénales dont il est question, des peines possibles, de la façon de porter plainte. Mais j’avais simplement envie (besoin ?), d’écrire cette colère et cette tristesse qui est la mienne, de voir la banalité des agressions quotidiennes ne choquer que celles qui y font face.

Hier soir, en me couchant, j’étais heureux. Ce soir, insomniaque, je suis naïf et utopiste. Quel idiot !

Article rédigé  par Benoît Le Dévédec


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