Faut-il un statut de première dame ?

Auteur : Benoît Le Dévédec

       Le statut ou l’absence de statut de la première dame est loin d’être anecdotique. Cette question emporte en effet des conséquences sur bien des plans : constitutionnel, démocratique, budgétaire, les problématiques de transparence, etc.

       Avant de commencer l’analyse de cette question, il est nécessaire de mettre une chose au clair : être pour ou contre la création d’un statut de première dame n’est pas misogyne.  Certains arguments le sont effectivement, mais le fait de prendre position pour un camp ou pour un autre n’a rien, en soi, de misogyne, bien que, de chaque côté, les partisans accusent ceux d’en face d’être misogynes. Rappelons par ailleurs que le statut de « première dame » pourrait demain s’appliquer à un homme. La question ne s’étant pas encore posée en France, on ne sait toujours pas s’il faudra parler de « premier homme ». Nous parlerons alors ici de conjoint de chef d’État ou de conjoint de président de la République, tout au masculin. Le terme de conjoint ayant l’avantage d’embrasser les situations de mariage, de pacs ou de concubinage, pour des couples hétéro ou homosexuels. Dépassionnons le débat, ne demandons pas « qui va garder les enfants ? », et analysons les arguments sereinement.

 

La première dame est-elle légitime à avoir un rôle public ?

       Une première vision des choses pourrait se résumer ainsi : il s’agit d’un faux problème, les français votent pour un candidat à la présidentielle, pas pour son conjoint. Ce dernier n’a alors aucune légitimité pour représenter les français, n’a pas besoin de budget autre que celui pour assurer sa sécurité, et si cette personne souhaite avoir une activité publique, qu’elle fasse comme tout le monde en le faisant sur ses fonds propres ou sur celui d’un parti politique ou d’une association.

       Certes, cette vision est assez légaliste et légitimiste, et a le mérite de trancher définitivement le débat. Seulement, cette vision se heurte à la réalité : de tout temps et en tout lieu, les conjoints de chefs d’États ont une place particulière, que le régime soit ou non démocratique, républicain, monarchique, parlementaire ou présidentiel. Que l’on trouve cela normal ou pas, il semble qu’il soit nécessaire de faire avec… Cependant, il faut tout de même préciser que dans certains cas, la personne partageant la vie d’un chef d’État choisi de ne pas prendre de responsabilité publique ni de rôle de représentation. Cela doit être une possibilité : être en couple avec une personnalité même publique ne doit pas avoir de conséquences non acceptées par le conjoint ou la conjointe.

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Quel rôle un conjoint de président peut-il bien avoir ?

       Dès lors, quel doit être le rôle d’un conjoint de chef d’État ? Le plus souvent, il épousera des causes caritatives. Madame Bernadette Chirac avait les pièces jaunes, Madame Michèle Obama la lutte contre l’obésité et Madame Brigitte Macron semble vouloir s’engager pour la cause des handicapés. Aussi, certains choisissent d’avoir un rôle de représentation publique, et notamment en matière de diplomatie. On se souvient alors de Madame Cécilia Sarkozy qui avait participé à la libération d’infirmières bulgares en Libye.

       Si la question de la légitimité peut être amenée à se poser, il se trouve que, de fait, les conjoints de chefs d’État réussissent souvent à obtenir des résultats positifs dans les causes qu’ils défendent. Certes, s’agissant des causes caritatives, il y a des professionnels du milieu associatif qui sont plus légitimes. Mais si l’aide de ce conjoint étatique peut faire avancer les choses, pourquoi s’en priver ? Madame Obama a réussi à relancer très efficacement dans le débat public la question de la lutte contre l’obésité et a permis, grâce à sa notoriété, plusieurs avancées non négligeables, notamment dans les cantines scolaires. S’agissant, en revanche, de la représentation publique, au niveau national ou international, demander à une personnalité non élue et non nommée de représenter les intérêts de la France, simplement en raison de son statut matrimonial, pose de grandes difficultés d’un point de vue démocratique. Ici, l’efficacité passe, finalement, au second plan. Que faire si une crise diplomatique éclate du fait du comportement d’un conjoint de président..? Le révoquer..? Le répudier..? Pourquoi ses actes devraient engager la France ? Qui superviserait le conjoint ? Le chef de l’État ? Le ministre des affaires étrangères ? Qui supporterait la responsabilité ? Trop de questions sans réponse…

       En tout état de cause, il apparaît alors que le seul rôle d’un conjoint de chef d’État, si cette personne décide d’en avoir un, devrait être de se consacrer, bénévolement, à des causes caritatives ou humanitaires. Reste le cas des réceptions officielles où le conjoint est présent, mais qu’il s’agisse d’un homme où d’une femme, son rôle doit rester minime, faute de légitimité démocratique.

       Si le conjoint présidentiel souhaite en revanche avoir un rôle politique, comme ce pourrait être le cas si le couple présidentiel était composé de deux personnalité politiques, dans ce cas, il ne faudrait en aucun cas que ses activités soient subventionnées par l’État : le conjoint devra faire financer ses actions par un parti politique.

 

A quoi servirait d’avoir un statut officiel ?

       Se pose alors la question du budget et donc du statut. Les détracteurs de la création d’un statut officiel arguent de la volonté du président de la République Emmanuel Macron de supprimer les emplois familiaux au Parlement pour montrer une incohérence. Cependant, il faut noter que les emplois familiaux ont fait l’objet de plusieurs abus. Des parlementaires avaient rémunéré assez largement, avec l’argent de l’État, des membres de leurs familles par rapport aux missions qu’ils ont effectivement effectuées (ou pas…). Au contraire, la création d’un statut pour le conjoint présidentiel ne permettra pas, à première vue, un enrichissement personnel du conjoint qui ne sera pas rémunéré, mais lui permettra de mener à bien des missions d’intérêt public. Ainsi, la suppression de ces emplois familiaux au Parlement et la création d’un statut de conjoint de chef d’État servirait à éviter les abus et en même temps lutter contre l’opacité des ressources allouées aux conjoints. Car en effet, il est aujourd’hui très difficile voire impossible de savoir exactement quelles ressources sont octroyées à ce conjoint présidentiel, et si l’utilisation qui en est faite est justifiée. Plusieurs scandales ont d’ailleurs vu le jour en raison de certaines dépenses d’épouses de précédents président français avec l’argent de l’Etat, ou en raison du coût de leurs collaborateurs pour les contribuables. La création d’un tel statut et d’un budget précis et contrôlé permettrait d’éviter tout soupçon, en donnant la possibilité de vérifier si les ressources fournies sont utilisées à bon escient et de manière légitime et raisonnée.

 

Qui doit décider des contours de ce statut ?

       S’il s’agit d’une promesse de campagne, il ne faudrait pour autant pas la réaliser de manière antidémocratique. En effet, il semblerait que le président Emmanuel Macron voudrait agir par décret, lequel indiquerait le nombre de collaborateurs mis à disposition de la première dame mais sans indiquer le budget qui lui serait alloué (faute de statut légal ou constitutionnel). Cependant, il semblerait bien mal indiqué pour notre président d’agir ainsi : une telle question doit faire l’objet d’un débat public, parlementaire, et le budget effectif doit être également débattu et public. Dans le cas contraire, pas de transparence ni de démocratie, mais un arrangement en famille dont les détails restent opaques…

       A l’heure ou le gouvernement demande des efforts budgétaires à tous les niveaux, il serait inenvisageable que de l’argent public soit donné à la première dame sans qu’il soit possible de savoir quel en est le montant exact, ni l’utilisation qui en est faite.  Le candidat Emmanuel Macron avait promis un changement dans la manière de faire de la politique, il faut aujourd’hui que le président de la République prouve qu’il tient aussi cette promesse de transparence. Il n’est pas certain que les français ayant voté pour qu’il change la vie publique souhaitent que le président de la République choisisse seul les contours du statut de sa propre épouse…

 

En résumé…

       Si le conjoint d’un président de la République veut effectivement avoir un rôle public, en tant que conjoint de chef d’État, ce rôle doit se limiter à la participation à des œuvres caritatives. Pour toute autre activité, il devra le faire en son nom propre, et avec des fonds privés (les siens ou celui d’un parti). Afin de rendre les choses plus transparentes et éviter le soupçon, la création d’un statut officiel semble nécessaire. Pour autant, ce statut doit faire l’objet d’un débat public et d’un vote par le Parlement. Le budget alloué au conjoint présidentiel devra être public et contrôlé, pour éviter toute forme d’abus.

 

Article rédigé par Benoît Le Dévédec


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